La crise inflationniste actuelle est-elle une bénédiction ou une malédiction pour l'immobilier ?
Des hausses de prix spectaculaires sur le marché immobilier. Une foule d'acheteurs potentiels à la recherche d'un coin de paradis sous le soleil, qui tape fort en juillet. Quelques mots pour expliquer la situation actuelle de notre secteur.
La pandémie de coronavirus et ses conséquences psychologiques
En général, l'incertitude économique qu'entraîne une crise incite à faire preuve d'une plus grande prudence dans les habitudes de consommation.
De nombreuses jeunes familles ont toutefois jugé important de se lancer dès maintenant dans la recherche d'une maison avec jardin, comme une sorte de point d'ancrage face à ce que l'avenir pourrait leur réserver.
Autorité de régulation
Les communications et les mesures de soutien mises en place par les pouvoirs publics ont en partie contribué à rassurer la population, notamment quant à d'éventuelles pertes d'emploi à court terme.
Les générations se soutiennent mutuellement
De plus, de nombreuses jeunes familles ont trouvé un soutien auprès de leurs parents et grands-parents, qui estimaient qu’il était important d’aider leurs enfants en ces temps difficiles. La Belgique compte beaucoup d'épargne placée sans risque et, comme celle-ci ne rapporte désormais plus rien, cela a constitué une incitation supplémentaire à s'entraider entre les générations. Nous nous sommes ainsi retrouvés face à un marché immobilier encore plus polarisé, avec d'un côté les acheteurs bénéficiant d'un soutien financier et de l'autre ceux qui n'en bénéficiaient pas.
Problématique énergétique
En raison de la hausse des prix des sources d'énergie traditionnelles, on construit de plus en plus de maisons individuelles et d'immeubles collectifs qui ne recourent plus à ces sources d'énergie. Citons notamment les panneaux solaires, les pompes à chaleur, les réseaux de chaleur... Le coût initial est toutefois plus élevé, ce qui se traduit par des prix de vente plus élevés.
Des matériaux de construction plus chers
Les retards logistiques ont fait grimper en flèche le prix des matériaux de construction. Nous savons tous que ces prix redescendront quelque peu une fois que la situation se sera normalisée, mais ils ne reviendront pas à leur niveau initial. Cette hausse est en grande partie répercutée sur le client.
Une forte demande pour des logements prêts à emménager
La génération actuelle de jeunes familles accorde une grande importance aux loisirs. Nous constatons qu'il y a de moins en moins de « bricoleurs » désireux de réaliser eux-mêmes une partie importante des travaux de rénovation sur plusieurs années. Une grande partie de ce public cible ne recherche donc plus de logements nécessitant une rénovation en profondeur. On recherche un logement dans lequel on peut emménager presque immédiatement et où l'on remplacera, selon le budget, la cuisine ou la salle de bains, soit tout de suite, soit un peu plus tard.
Ce type de logements situés en périphérie et aux abords de la ville a suscité un intérêt massif. Lors de nos Avant-Premières (journées de visite uniques), plus de 50 candidats se présentaient généralement. Des offres supérieures de 10 % à 20 % au prix de départ conforme au marché n'étaient pas l'exception, mais la norme. C'est précisément parce que les gens cherchaient depuis très longtemps et ne voulaient pas passer à côté d'un logement convoité qu'on a enregistré des prix exceptionnellement élevés. Une situation que je n’ai jamais vue d’une telle ampleur en plus de 25 ans de carrière d’agent immobilier.
Conséquences de l'invasion russe en Ukraine
Il faut garder à l'esprit que ce conflit ne sera pas résolu de sitôt. L'inflation, principalement alimentée par la menace d'une pénurie énergétique et les problèmes logistiques liés à l'approvisionnement en denrées alimentaires et en matériaux, entraîne des hausses successives des taux d'intérêt. Cela pourrait progressivement exercer une pression à la baisse sur les prix de l'immobilier. Pour l'instant, cela ne semble pas encore d'actualité, surtout pas dans les zones urbaines où la demande dépasse encore nettement l'offre. Une crise immobilière majeure me semble lointaine – une légère correction pourrait toutefois se produire. De nombreux projets ont également été mis « en attente » jusqu’à ce que les matériaux redeviennent un peu moins chers, ce qui rend l’offre encore plus rare. La demande de logements économes en énergie continuera d’augmenter et la facilité avec laquelle les logements existants peuvent être réaménagés à moindre coût déterminera leur attractivité sur le marché. Par ailleurs, nous constatons que les villas anciennes situées sur de grands terrains connaissent une période faste. Dans les tranches de prix à partir de 750 000 €, il n’y a pas vraiment d’atmosphère de crise et ces logements sont entièrement démolis et rénovés de manière durable. Cela s’explique principalement par la rareté des terrains de 12 ares ou plus en périphérie de la ville.
Il est toutefois essentiel que la plupart des gens puissent continuer à payer un logement de taille moyenne. Être propriétaire de son logement reste la meilleure garantie d'une retraite sans soucis financiers.
C'est précisément pour cette raison qu'un léger ralentissement du marché constitue, à moyen terme, davantage une aubaine qu'un fléau pour tous les acteurs du secteur immobilier.