Le gel des constructions en béton dans la périphérie bruxelloise va à l'encontre de son objectif et a, de surcroît, un effet néfaste sur les prix de l'immobilier, qui vont encore augmenter
Le gel des constructions en béton autour de Bruxelles fait grimper les prix de l'immobilier et provoque une crise du logement. La limitation des constructions entraîne une pression au déménagement et freine l'économie. Une réorientation intelligente du secteur de la construction s'impose de toute urgence.
« Un maire sur cinq plaide en faveur d’un moratoire sur le béton », titraient les journaux la semaine dernière. C’est une nouveauté pour la Flandre, mais pas pour la périphérie flamande autour de Bruxelles. Dans cette région, plusieurs communes ont déjà instauré un moratoire sur le béton. Elles espèrent ainsi préserver le caractère flamand, vert et agréable de leur commune, mais en réalité, cela conduit souvent à l’effet inverse. Thomas Valkeniers, PDG de Living Stone, explique pourquoi.
Les termes « moratoire sur le béton » et « réorientation de la construction » sont souvent utilisés de manière interchangeable, mais leurs objectifs sont différents. Une réorientation de la construction vise deux objectifs : empêcher la poursuite de l'empiètement sur les espaces ouverts et orienter les nouveaux aménagements vers des zones d'affectation déjà prévues. Cela nécessite une stratégie qui englobe à la fois la protection des espaces ouverts restants et la densification des centres urbains existants. Le « bouwshift » ne vise donc pas nécessairement à limiter le nombre de logements, mais à mieux organiser l'utilisation de l'espace. Un« betonstop », tel qu'il est appliqué dans la périphérie flamande, limite en revanche le nombre de logements. L'objectif est principalement d'empêcher une nouvelle augmentation de la population dans ces communes.
Il est nécessaire de protéger nos espaces verts en limitant le morcellement du territoire. Cependant, cela ne peut réussir que si nous renforçons et densifions également nos centres urbains existants. Le principe est simple : si l'on ne veut pas que les gens vivent les uns à côté des autres, il faut leur donner la possibilité de vivre davantage les uns au-dessus des autres. La préservation des espaces ouverts implique donc qu'il faille autoriser des constructions plus hautes dans les centres urbains. Ce n'est pas si étrange et ce n'est pas un principe propre à la Flandre. Des études montrent que, dans le monde entier, les constructions sont en moyenne 10 % plus hautes. Cela est d'autant plus nécessaire dans les régions où la population augmente.
En Flandre aussi, la population augmente, ce qui entraîne une pénurie de logements. Ce problème est aggravé par l'augmentation du nombre de familles monoparentales et le vieillissement croissant de la population. Les chiffres indiquent que cette pénurie pourrait atteindre pas moins de 300 000 logements.
Les communes de la périphérie flamande souhaitent toutefois freiner la croissance démographique en instaurant un gel des constructions. Elles élaborent de nouvelles règles d'urbanisme souvent si strictes qu'il n'est pratiquement plus possible d'obtenir de permis de construire et que les chantiers sont rares.
Cela a un impact négatif sur les prix. Lorsque la demande augmente sans que l'offre ne suive, les prix grimpent. Personne n'a intérêt à ce que les prix de l'immobilier continuent d'augmenter. Les prix élevés en périphérie entraînent déjà une crise du logement, avec une pénurie de « logements abordables » tant sur le marché de l'achat que sur celui de la location.
Bien que l'interdiction de construire en béton vise à préserver le caractère flamand de la région, elle semble avoir exactement l'effet inverse. En raison de la pénurie de logements et de la hausse des prix , les jeunes sont contraints de s'installer plus loin, dans d'autres villes ou communes. Pire encore, même les personnes âgées de plus de 65 ans qui souhaitent emménager dans un appartement ne trouvent pas ce qu'elles cherchent en périphérie, car les nouveaux projets ne sont pas autorisés. La population autochtone est donc contrainte de partir, et l'afflux de personnes, principalement allophones, affaiblit le caractère flamand de la région.
À long terme, le gel des constructions en béton est néfaste pour la prospérité des communes périphériques. Il crée en quelque sorte une cloche de verre au-dessus d'une commune, paralysant toute activité. Tout comme pour une entreprise, c'est un désastre économique. L'immobilisme équivaut à un recul, y compris dans une commune. En plaçant une cloche de verre, on ne pourra plus attirer d'activité économique et les entreprises existantes risquent de partir. En effet, en tant que commune, on ne peut plus offrir de potentiel de croissance économique, pourtant indispensable aux entreprises. Cela vaut aussi bien pour les grandes PME que pour le petit boulanger qui souhaite vendre ses petits pains. Cette activité est également indispensable car elle génère des recettes fiscales pour la commune. Avec des coûts en hausse, les communes pourront moins investir, ce qui entraînera des coupes budgétaires dans divers domaines, notamment la préservation du caractère verdoyant. Augmenter les impôts ne fera qu’entraîner un effet boule de neige et enfoncer davantage la commune dans une spirale descendante.
On peut comprendre que les communes périphériques souhaitent lutter contre l'urbanisation incontrôlée. La solution ne réside toutefois pas dans un gel des constructions, mais dans une réorientation réfléchie de la construction qui laisse la place à une croissance démographique et économique modérée. Les communes qui ne le comprennent pas courent le risque d'être contredites à terme par le gouvernement flamand. Le gouvernement devra en effet réagir à la croissance démographique et au déficit de 300 000 logements. Dans ce cas, les communes périphériques auront encore moins de contrôle sur leur politique d'urbanisme.